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L'AGENDA DU PROGRES



 

Saint-Didier: allocution de Roger Martin à la fête de la section Oswald Calvetti

La fête de rentrée, organisée par la section Oswald Calvetti, ce dimanche 6 septembre, a été l'occasion pour la centaine de militants, de sympathisants ou d'amis présents de partager le verre de l'amitié avant de s'attabler autour de la paella préparée par notre camarade Émile.

Après avoir fait hier le compte-rendu de cette journée fraternelle, Rouge Cerise publie aujourd’hui l'allocution, prononcée  par Roger MARTIN,  secrétaire de notre section.

 

 

Chers amies, amis et camarades,

Avant tout autre chose, permettez-moi de vous remercier de votre présence si nombreuse aujourd’hui. Paraphrasant Maurice Thorez, je dirai que s’il faut savoir arrêter une grève, il a fallu aussi savoir arrêter les inscriptions !
Au début, on tarde à répondre, comme si la chose était naturelle, et puis, le temps passant, on se décide enfin, et alors les organisateurs voient leur liste passer de 42 à 90 en moins de 48 heures !
Bref, merci d’être ici. Merci également aux camarades et amis qui sont retenus ailleurs pour des raisons personnelles, familiales ou professionnelles. Elles et ils sont plus de 30 à s’être excusés de ne pouvoir être avec nous ce jour.
Merci enfin à tous les camarades de la section Oswald Calvetti, qui ont permis par leur engagement bénévole et constant que soit organisée cette « paëlla » fraternelle de rentrée. Je ne citerai personne à l’exception d’Emile qui s’est chargé, comme il l’avait proposé, du clou du repas, la paëlla elle-même… et j’associerai à son nom celui de Marie, de Monique, Simone et d’Albert qui nous ont quittés mais sont toujours dans nos cœurs car, ainsi que le disait Victor Hugo accompagnant le cercueil de son fils à travers Paris insurgé « Les morts sont des vivants mêlés à nos combats »!

Le moment est venu de vous adresser quelques mots moins généraux, plus politiques. Après tout, nous sommes ici, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, communistes et sympathisants, réunis sous les couleurs du drapeau rouge et aux accents de l’Internationale. Il serait donc étrange que nous fassions comme si seule la paëlla, fût-elle exceptionnelle, nous réunissait !
 

Chers amies, amis et camarades, pour parler franc, je n’avais pas très envie de vous imposer un discours politique en guise d’apéritif. La lassitude peut-être. 51 ans d’engagement, depuis que j’ai rejoint, à 14 ans, les Jeunesses communistes, et le spectacle, chaque matin en me levant, d’un monde où le pire a, depuis longtemps, triomphé du meilleur. La conscience, aussi, que cette allocution de Secrétaire de section, c’est plutôt à Xavier, qui à défaut du titre, assume dans les faits cette responsabilité depuis de longs mois, qu’il serait revenu de la prononcer.

D’ailleurs, vous constaterez que les mots qui vont suivre, plus qu’une authentique analyse de la situation, sont la simple traduction de quelques pensées et réflexions qui s’entrechoquent dans mon esprit, tant la situation me semble complexe, confuse et désespérante et dont je pense qu’elles font écho à celles qui traversent nombre de camarades...

Jamais sans doute, depuis le XIXe siècle, n’avons-nous connu une telle période de recul social. Jusque-alors, les temps étaient rudes aux travailleurs, on mourait dans la mine, à l’usine ou sur les chantiers, mais chaque année de nouvelles luttes engendraient de nouvelles victoires, qui, un jour, avec 36, 45 et 68 se transformeraient en acquis que l’on pouvait croire définitifs. Aujourd’hui, on assiste à la valse des licenciements, aux fermetures, aux délocalisations, de l’Asie à la Moldavie, pour le plus grand profit des actionnaires et le désespoir des peuples, cependant que les responsables touchent le prix de leur trahison en argent sonnant et trébuchant. Judas est depuis longtemps enfoncé. 30 deniers? Minable! Gagne-petit ! C’est 13,7 millions d’euros en 3 ans que va toucher Michel Combes, qui vient de céder Alcatel-Lucent à Nokia après avoir supprimé 10 000 postes dans le groupe en 2 ans ! « L’Empereur des voleurs » selon Gérard Filoche… Ailleurs, en Moselle, arguant que l’usine de Slovénie est plus compétitive, les dirigeants de Smart proposent aux 650 ouvriers de passer de 35 h à 39h, les 150 cadres et techniciens renonçant eux à 10 jours de RTT. En contrepartie, une prime unique de 1000 euros et une rallonge de 120 euros brut par mois. Soit, si mes comptes sont exacts, des heures supplémentaires payées 6,6 euros brut de l’heure!

Ces infamies, qui devraient soulever la colère, pousser chacun à se révolter, le pouvoir, UMP hier, « socialiste » aujourd’hui, peut les faire passer en force d’autant plus aisément que 99% des médias sont acquis, et pour cause !, à ses théories économiques et politiques. L’Humanité, Le Monde diplomatique, Politis, c’est bien peu, opposé aux chaines de télévision privées ou publiques (quelle différence dans le traitement de l’information entre TF1, BFN-TV et Antenne 2 ?), dont une étude reprise avant-hier sur RC prouvait qu’elles n’accordaient qu’ 1,2 % de temps d’antenne au Parti communiste, l’homme politique le plus invité étant Florian Philippot ! Jamais nous n’avons eu une information aussi univoque. Plus besoin de faire taire les journalistes, ils passent eux-mêmes leur muselière… Pire, ils font leurs les analyses économiques et politiques des maîtres du monde, en France du patronat et du Medef. On aurait aimé entendre quelques voix divergentes, quelques nuances, la reconnaissance de la responsabilité du Capital dans la crise grecque, on aurait souhaité que des gens dont c’est la mission d’informer expliquent qu’en Ukraine le conflit n’oppose pas « séparatistes et partisans de l’Europe », mais populations la plupart du temps russophones à des magnats enrichis s’appuyant sur des mouvements ouvertement nazis !

Et même, lorsque la photographie d’un enfant de cinq ans a tout à coup submergé les médias, comment être sûr que l’amour de la vérité et non la recherche du scoop était derrière ce qui pouvait apparaître comme une opération ? Cette mort d’un enfant, si médiatique, si bouleversante, allait-elle permettre de mieux faire appréhender l’exode des victimes ? Allait-elle crier au monde qu’on ne quitte jamais son pays sans en avoir le cœur arraché ? Allait-elle, surtout, montrer que si les Syriens ou les Irakiens fuient leur pays, c’est qu’il a été mis à feu et à sang et que la responsabilité des gouvernements américain et européens est écrasante ? Celui qui n’a pas lu dans l’Humanité Dimanche les reportages à Kobané de Pierre Barbancey, comment saura-t-il que pendant que les mouvements kurdes progressistes, hommes et femmes côte à côte dans une parfaite égalité, affrontent et font reculer Daesh et la barbarie, le gouvernement turc, défendu par les Etats-Unis et l’Europe, par haine et méfiance des Kurdes, traite en sous-main avec les fanatiques de l’EL ?

Période pourrie ! Où l’on joue avec la haine et la peur. Chaque Français est transformé en victime potentielle. La une des quotidiens régionaux ressemble de plus en plus à celle de Détective ou d’Ici Paris. La France ne serait que vols, viols, agressions et assassinats. Peu importe si les médias font leur miel, et leurs profits surtout, de tout ce qui frappe en-dessous de la ceinture ! Savez-vous, chers amies, amis et camarades, que plus de 90% des assassinats et affaires de viols se déroulent en famille ? Que les rues de Paris, Marseille, Lille ou Avignon étaient bien moins sûres en 1900? Qu’il n’y a pas un million de Roms en France, mais 15 000 et qu’il suffirait d’un minimum de volonté politique, comme à Gardanne où l’action concertée du maire communiste et des associations en directions des Roms a été comprise et n’a pas empêché sa réélection il y a deux mois, pour faire avancer la question ? Oui, mais… A Gardanne c’est ainsi, mais à La Courneuve, c’est en tournant le dos aux associations humanitaires que le maire communiste vient de faire évacuer un campement…

Comment comprendre ce monde ? Que faire alors que face à une droite et une extrême droite de plus en plus haineuses, toujours plus aux ordres des puissances d’argent, que faire lorsque l’homme de confiance d’un gouvernement qui se réclamait de Jaurès avoue son inspiration monarchique et sa totale inféodation au capitalisme ? On le présente comme un génie de l’économie. Un peu de mémoire : Hier c’était à DSK qu’on attribuait ce titre, avant-hier à Raymond Barre et plus tôt encore à Antoine Pinay ! Et ça marche ! On a persuadé le peuple que le monde est en crise, que la Grèce est en crise, que la France est en crise et qu’on ne peut rien faire d’autre que se serrer la ceinture. D’ailleurs DSK, Macron, Elie Cohen, Michel Godet et 10 autres économistes ne disent-ils pas autre chose ? Alors ce doit être vrai !

Est-ce ainsi que les hommes vivent ? s’interrogeait Louis Aragon il y a déjà soixante ans…
Est-ce la vie lorsque après avoir persuadé le peuple qu’il n’a pas les compétences pour juger de ce qui est bon pour lui, on le gave de débilités, insensiblement d’abord, une cuillère par-ci, une cuillère par-là, selon le vieil adage romain : Panem et circenses… Du pain et des jeux.
Ah ! on ne fait plus s’entretuer dans l’arène des gladiateurs, la mise à mort attendra encore un peu. Mais on cultive l’individualisme, on favorise le repli sur soi, l’égoïsme. Comble de l’abjection, une émission récente où, sous la férule d’un employeur potentiel, une dizaine de candidats apprennent à se haïr et se savonnent la planche à qui mieux mieux…

De tout cela un parti fait son miel. Vous savez, ce parti fondé par monsieur Le Pen et quelques-uns de ses amis anciens membres du PPF, de la Milice ou de la division SS française Charlemagne. Ce parti qui n’a jamais eu et n’a toujours pas, malgré les mensonges publics de madame Le Pen ou sa nièce, la moindre ombre d’un programme social. Ce parti qui n’oppose aucune proposition aux décisions économiques de l’UMP ou du PS, ce parti qui à l’Assemblée européenne a voté les lois les plus rétrogrades. Marion Maréchal Le Pen est jolie… Ah bon ? Alors cela suffirait pour lui faire confiance ? Qu’elle participe à l’agitation de rue contre le mariage pour tous, qu’elle veuille la peau de l’avortement, qu’elle n’ait fait en presque trois ans aucune proposition sérieuse à l’Assemblée nationale, tout cela ne pèserait rien en regard de son physique ? Et, je profite ici, parce que je sais combien les gens sont troublés par le tapage médiatique orchestré autour des Le Pen, cette famille de milliardaires dont les affaires sont particulièrement opaques, pour le dire bien haut : il est une question qu’aucun journaliste ne pose jamais à Maréchal Le Pen. « Que fait-exactement votre père, Samuel Maréchal, ex-responsable du Front national jeunesse ? ».
Peut-être que la pilule est trop difficile à avaler pour la responsable d’un parti qui prône la préférence nationale. Samuel Maréchal, père et financier de sa fille, gravite dans l’entourage de monsieur Ouattara en Côte d’Ivoire après avoir fait la même chose dans celui de Laurent Gbagbo et il s’occupe de faire coter en bourse des sociétés ivoiriennes ! Autrement dit des activités qui ne sont bonnes ni pour les travailleurs ivoiriens ni pour les travailleurs français !

Quel tableau affligeant, direz-vous !

Et encore, je passe sur les pourparlers pour la préparation des élections régionales. Nos propositions à EELV qui n’aboutissent sur rien, nos partenaires d’hier exigeant toutes les places éligibles ! Est-ce là la démocratie participative ? Les coups médiatiques qui sont autant de coups d’esbroufe. Varoufakis érigé en héros de la Résistance grecque et dînant avec Mélenchon après avoir assisté à la Fête de la Rose aux côtés de Montebourg. Pourquoi pas ? Sauf… Sauf que le lendemain on apprend qu’il a aussi déjeuné avec DSK ! Je passe aussi sur les trahisons, les reniements, sur notre compagnon de route, Pierre-Louis Basse, qui pourfendait les Balkany dans l’Huma puis Rouge Cerise et consacrait un livre à Guy Môquet et dont la voix s’est tue, mais pas la plume puisqu’il est devenu l’auteur des discours de Hollande !

Je sais. Dans le temps, il y avait une expression dans les rangs du Parti. Une expression qui en disait long : il ne fallait pas désespérer Billancourt !

Mais s’aveugler, se mettre la tête dans le sable, faire semblant que tout soit pour le mieux dans le meilleur des mondes, c’est tenter de guérir un cancer à l’homéopathie. La lucidité s’impose. Nous traversons une période effrayante. On n’a jamais porté assez d’attention à la conclusion du Manifeste du Parti communiste et à l’avertissement de Rosa Luxembourg avant son assassinat par les troupes de la social-démocratie allemande.
L’avenir serait entre le socialisme (le vrai) ou la barbarie.

Cet avenir n’est pas joué. Dans un monde où des questions nouvelles (écologie, énergie, alimentation, guerres ethniques et religieuses) ont pris un accent particulièrement aigu, des forces apparaissent, des combats d’envergure sont menés, souvent couronnés de succès, comme le montre l’exemple de la Bolivie. Aux Etats-Unis eux-mêmes, dans la patrie du capitalisme et de l’impérialisme, contrairement aux idées reçues, des progressistes entraînent des changements importants des mentalités. Le « smic » à 15 euros de Seattle, l’émergence d’un courant qui ose prononcer le mot de socialiste dans le parti démocrate, ce n’est pas rien. Le renouveau de la gauche travailliste en Grande-Bretagne après le laminage thatchérien parachevé par les Brown et autres Blair, témoigne que ceux qui ne renonceront pas, ceux qui pied à pied maintiendront les positions, regagneront du terrain, que le pire n’est jamais sûr pour peu qu’on ne baisse pas les bras.

Je comprends, chers amies, amis et camarades, que vous soyez pris de doute sur mon état mental. Comment, après un tableau poussé au noir de la situation, voici que Roger semble se laisser submerger par l’espoir !
 

Eh bien oui, je réclame pour moi et pour tous les communistes et sympathisants le droit à la tristesse, au découragement, au désespoir parfois, mais pas celui au renoncement !

Car nous sommes parfois bien seuls dans les combats, fourbus, épuisés, mais si nous devions cesser de nous battre, aucun avenir ne serait plus envisageable. Et, vous tous, chacun à votre façon, vous êtes de ceux qui se battent, pour la culture à L’Isle, pour les services publics et la poste à Gadagne, contre la Bête immonde partout. Militants et sympathisants d’une section communiste ouverte, combative, fraternelle, vous êtes celles et ceux qui plantent les graines. Certes, vous vous sentez parfois isolés mais dimanche prochain, si les médias n’ignorent pas une fois encore cette magnifique et gigantesque manifestation, vous verrez dans les rues de la Fête de l’Humanité, devant le podium de la Grande Scène, des dizaines, des centaines de milliers de vos frères et sœurs de combat qui se retremperont dans le courant de la fraternité et de l’espoir avant de reprendre leur lutte dans tout notre pays.
A la fin de ce chef d’œuvre qui a nom Spartacus, lorsque les Romains cherchent à savoir si leur ennemi est toujours vivant, un esclave révolté, puis un second, puis des dizaines, se lèvent et clament « Je suis Spartacus ».

Alors, chers amies, amis et camarades, demain, après cette journée festive et fraternelle, comme eux, nous serons debout, unis et combatifs, car nous savons bien que nous n’avons pas le droit de renoncer et l’exemple de nos aînés résistants, Albert ou Sylvain, nous rappellera à chaque instant que non seulement c’est un joli nom camarade, mais que le communisme doit redevenir la jeunesse du monde !

 

Roger Martin

 

(Contrairement à Gladiator où la révolte d’un personnage de fiction ne repose que sur une injustice individuelle, Spartacus est une magnifique illustration d’une guerre de classes impitoyable et de la nécessité de l’union des opprimés. Chaque communiste devrait posséder le film magnifique de Stanley Kubrick, dont le scénario fut réalisé par Dalton Trumbo, militant communiste persécuté par le maccarthysme, et le roman d’Howard Fast, écrivain et communiste qui vécut la même situation).

 
 

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